Ceux qui s’intéressent quelque peu au monde de la musique électronique, ont forcément déjà entendu le mot « Roland ».

Fabriquant japonais d’instruments de musique, Roland est surtout positionné sur le marché des synthétiseurs. Présente depuis pas mal d’années, la marque a été à l’origine de plusieurs avancées technologiques. Les sons légendaires du Jupiter 8, du Juno 60 ou du plus modeste SH 101 sont encore bien présents sur bon nombre de titres et de mix. Ils ont été repris pour la plupart dans les banques sonores du Juno-G, dont nous allons parler ici.

Étant un bon client de la marque (pour ne pas dire fan), et possédant à l’heure actuelle encore trois instruments de ce fabriquant, je voulais vous parler du synthé qui m’a le plus marqué depuis que mes petits doigts boudinés tapent sur des claviers en plastique, c’est à dire depuis l’an de grâce 1986, date à laquelle j’ai eu mon tout premier clavier. Mais pour l’heure, ce fameux instrument dont je vais vous entretenir, c’est le Roland Juno-G.

Roland Juno-G, un instrument surprenant

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Sorti vers 2006, donc plus tout jeune, l’instrument reprend vaguement les codes couleurs de ses ainés de la série des Juno, synthés populaires et abordables qui ont marqués l’histoire. Mais la ressemblance s’arrête là, elle est purement cosmétique ; ses illustres prédécesseurs n’avaient rien à voir avec la philosophie développée par cette machine. Le Juno-G est robuste, possède un grand écran rétro-éclairé orange et une pléthore de boutons et autres potards, bien ancrés et agréables à utiliser. toutes les fonctions sont réparties de manière ergonomique, dans une configuration reprise sur bon nombre de modèles de la marque.

Nous avons ainsi, de gauche à droite, sur le panneau frontal de la machine :  la section D-Beam, qui n’est autre qu’un capteur infra-rouge programmable, qui permet d’altérer le son en live. Cette fonction s’opère en passant sa main au-dessus et en variant l’altitude de cette dernière par rapport au capteur. Par défaut, c’est un espèce de bruit infâme qui se produit, censé représenter une saturation aigüe du son (d’un son lead typiquement), mais on peut l’utiliser de manière plus rationnelle et intelligente, par exemple en simulant l’aftertouch, dont je reparlerai plus loin. C’est un contrôleur présent sur la majorité des synthétiseurs de la marque et ce, depuis déjà quelques belles années. Il faut croire que ce gadget est suffisamment populaire pour justifier son implantation. Pour ma part je ne l’utilise jamais.

L’instrument dispose d’une polyphonie de 128 voix, ce qui veux dire que, théoriquement, vous pouvez utiliser simultanément vos 128 doigts pour plaquer des accords plus riches que votre voisin du dessous, qui s’entraine péniblement avec son piano, avec ses seuls 10 doigts… Le pauvre. Bon, c’est un peu réducteur comme explication, mais au moins c’est parlant. Ce qui veut dire, qu’avec toute cette polyphonie, il vous est possible d’exploiter en même temps jusqu’à 16 sons empilés les uns sur les autres et ne jamais (enfin, presque jamais), être à cours de polyphonie. Cela permet de produire des sons d’une extrême complexité et, aussi, d’enregistrer jusqu’à 16 pistes pour créer des morceaux complets sur le séquenceur intégré.

Évidemment, c’est un peu plus compliqué que ça, dans la mesure ou une sonorité peut se composer d’un, de deux, trois, voir quatre éléments superposés, qui eux-mêmes peuvent être doublés si on veut donner un aspect stéréophonique au timbre ce qui, de fait, divise votre polyphonie d’autant. Mais 128, c’est quand même large, et les machines d’aujourd’hui ont gardé cette nomenclature, ne proposant des capacité plus importantes que dans des machines très haut de gamme.

Ce synthé emprunte son moteur sonore à la gamme des Roland Fantom X. Il a un clavier de cinq octaves, très agréable et dynamique, mais sans aftertouch. Pour ceux qui ne connaissent pas, cette fonction permet, une fois que vous avez appuyé sur une touche du clavier, d’exercer et de moduler des pressions supplémentaires qui se répercutent sur le son et qui permettent de le faire évoluer/bouger/réagir à cette pression suivant comment vous avez programmé votre sonorité. C’est assignable sur le D-Beam, ce qui permet de simuler l’aftertouch, absent de cet instrument. L’aftertouch est franchement un grand plus pour obtenir une expressivité accrue lors de votre interprétation. C’est d’ailleurs curieux comme ce dispositif a disparu depuis quelques années déjà de la plupart des synthétiseurs. Il n’est présent plus que sur des machines très haut de gamme. Mais c’est comme tout le reste… c’était mieux avant

Le moteur sonore embarqué sur ce synthé se montre convainquant, bien que les sons d’usine sonnent creux. Mais c’est le cas de toutes les machines du marché et rares sont celles qui scotchent dès le premier contact. Il y a quelques exceptions, heureusement…

Les sonorités ont un grain légèrement « sale », on est très loin de la pureté et de la finesse des timbres d’un FA-06 par exemple (beaucoup plus récent), mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce clavier. Roland est d’ailleurs connu pour ses sonorités un peu perchées, que l’on reconnait rapidement dans un mix. Le Juno-G n’échappe pas à la règle. Par cotre, dès que l’on met les mains sous le capot, la machine se dévoile dans toute sa puissance. Pour bénéficier de toutes les options facilement, malgré l’écran volumineux de l’instrument, l’utilisation de l’éditeur sur ordinateur s’avère indispensable. Attention cependant, au jour d’aujourd’hui, le synthé n’est pas reconnu par Windows 10, il faut donc l’utiliser avec Win7. Je hais les gars de chez Roland pour ça. Dieu marketing est impitoyable et dès qu’une machine est remplacée par une plus récente, elle tombe dans les oubliettes. C’est pas sérieux et franchement, c’est un mauvais point pour Roland.

Le séquenceur est bon dans l’ensemble, mais on est loin d’un véritable outil comme Cubase, Bitwig, Live et autres. Au plus, il vous permettra de mettre des idées en place ou de vous amuser. Il comporte 16 pistes, dont une dédiée à la partie rythmique. L’instrument dispose d’une unité d’effets tout à fait honnête et les paramètres et réglages sont nombreux. Ça sonne bien, quoiqu’il vaut mieux passer, comme toujours, par une unité d’effets externe pour mettre en valeur un son. La section rythmique sonne un peu « jouet ». La boite à rythme ne m’a véritablement pas convaincue, mais bon, elle dépanne bien.

Un bon plus, depuis la mise à jour de l’OS de l’instrument, a été l’ajout de sampling. Attention à la RAM embarquée, il faudra l’uprgader pour profiter pleinement de cette fonctionnalité. On est loin d’un véritable sampleur, mais pour des besoins de la majorité des musiciens, cela conviendra parfaitement. Il faut se torturer un peu les méninges sur les menus pour y accéder, mais après ça devient très facile et intuitif. C’est comme tout, c’est juste la première fois où ça fait mal…

Le clavier dispose d’un arpégiateur relativement puissant et programmable, mais son utilisation est plutôt ésotérique dans le mode « séquenceur » ou alors c’est moi qui ait été frappé d’une malédiction. Par contre il fait des merveilles empilé avec d’autres sons et je l’ai utilisé abondamment dans la construction de mes propres sonorités.

En dépit des petites zones d’ombres que j’ai décrit dans les paragraphes qui ont précédés, je trouve quand même que cet instrument a une véritable âme. Il y a quelque chose de transcendantal qui se produit lorsque vous devenez intimes avec lui. Mais cela se vit et ça ne peut pas se décrire. Curieusement, je possède aussi le tout récent FA-06 et le vieux Juno Alpha 2 de Roland, mais aucun ne me procure ce plaisir incroyable d’improviser et de me laisser aller là où les touches du clavier me mènent. Mais tout ceci est purement subjectif, comme je vais vous le prouver tout à la fin de cet article.

Je ne vais pas détailler toutes les fonctions de ce synthé, pour ça voici une fiche PDF que vous pouvez télécharger ici : Brochure

Par contre, je vais plutôt me concentrer sur ses possibilités, notamment au niveau sonore. Et là, je mets un point d’honneur à ne pas vous présenter les sons de piano, d’orgues, de guitares et autres vents nauséabonds. A chaque fois que vous regardez et écoutez sur internet un test d’une machine, 100% des fois le type qui vous fait la démo vous parle des pianos, des orgues, guitares pour finir sur les flutes ou autres accordéons.

Mais que diantre ! Un synthé c’est fait pour produire des sonorités synthétiques, pas pour imiter (mal) un piano ou une trompette. A chaque fois ça me donne de l’urticaire. C’est pour ça aussi que j’ai décidé de faire cette petite revue, pour présenter autre chose que des pianos et triangles endiablés.

Comme dans la plupart des machines, les sons de base sonnent creux et ne font guère fantasmer le Jean-Michel Jarre en herbe qui sommeille en nous. A titre d’exemple, voici deux-trois sons d’usine (beurk !) :


Bien sûr, j’ai pris des exemples extrêmes, il y a des sonorités qui tiennent bien la route, même d’origine. Mais alors, une fois que l’on commence à mettre un peu les mains dans le moteur, on arrive à ressortir quelque chose de nettement plus intéressant.

Voici un premier son que j’ai bidouillé. Je l’apprécie particulièrement pour le côté vaporeux et éthéré, que j’affectionne particulièrement. Andromeda :

Un peu plus pêchu que les précédents, n’est-ce pas ?


Mais ne restons pas là, ci-après un son qui mélange plusieurs textures, dont un fabuleux son de cloches que j’ai eu dans une extension sur internet et que j’ai rajoutée aux autres éléments qui composent cette sonorité, Galactic Fly :


J’adore les nappes évolutives, et c’est un pure bonheur que d’en fabriquer sur le Juno-G, en voici une, Jupiter Ahead :


Et une autre, Ky-Sha :


Un son que j’aime particulièrement et qui fleure bon les sonorités chaudes analogiques, l’Analog Pad a été fourni d’origine, mais je l’ai légèrement remanié pour lui offrir une couleur plus prononcée, teintée de cette fameuse touche inimitable qu’avaient les sonorités d’autrefois, imperceptiblement désaccordées.


Un peu plus puissant, voici l’Epic Pad, une source d’inspiration à lui tout seul :


Ou encore ce pad digne d’un J-M Jarre :


Une petite touche orientale avec cette sonorité typée, Imhotep :


Ou quelque chose de plus gnian-gnian, avec des piou-piou… 🙂


Tiens, c’est pâques, on va sonner les cloches :


En conclusion je dirai que le Juno-G est avant tout un instrument de scène. Bien qu’adoptant tous les codes d’une workstation, il est impossible de créer quelque chose de convainquant en n’utilisant que le sequenceur interne de la machine et les sons isolés. Par contre, en créant vous mêmes les sonorités et en les empilant en stacks, vous obtenez un instrument terriblement impressionnant pour vos exhibitions artistiques en live. Après, évidemment, tout dépend de votre style, ce n’est qu’une affaire de goût personnel, que je vais développer dans la post-conclusion que voici :

De la philosophie

Et effectivement, tout cela n’est qu’une affaire purement subjective. Les sons ne sont ni plus ni moins que les expressions de divers formes d’ondes et les ondes sont communes à toute la création. Les couleurs sont des formes d’ondes, la lumière est une onde, le rayonnement cosmique est aussi composé d’un bouquet d’ondes. Nous-même ne sommes qu’un assemblage savant d’énergies/ondes qui vibrent selon une certaine amplitude, formant les quarks, qui forment les atomes, qui, à leur tour forment les molécules, puis les corps vivants, vous, moi…

Dit autrement, la musique ou encore l’image et la couleur, sont un subtil langage qui s’adresse à une perception supérieure qui nous habite. Après tout, si à notre échelle la plus infinitésimale nous ne sommes composés que de vibrations, il est claire que d’autres types de vibrations peuvent rentrer en interaction avec notre microcosme personnel et être bien plus parlants que les mots eux-mêmes. Après tout, la musique ou l’image ne suscite-t-elle pas des émotions ?

Aussi, chaque être humain est réceptif à un certain spectre d’ondes, décomposé en couleurs et en sons. Ce n’est pas pour rien que certains d’entre vous se complairons dans l’écoute d’épiques symphonies, tandis que d’autres préféreront l’ambiance feutrée du jazz. De même, il y a des connaisseurs ne jurant que par les formes cubistes de Picasso, tandis que d’autres s’émerveilleront devant les voluptueuses déesses de Botticelli.

Il en est de même pour un synthétiseur. Le Juno-G a été fait pour moi, j’en suis convaincu, tant il me comble avec ses sonorités et tant je découvre chaque jour, et ce depuis des années, des strates encore insoupçonnées qu’il recèle.

[Edit exactement un an jour pour jour, après la publication de cet article : Ouais, je le préfère quand même encore à mon Roland Fa06, plus récent pourtant, par contre, questions sons, j’ai vendu mon âme à U-He]…

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