Gimp vs Photoshop, voilà un sujet qui déchaîne les passions sur la toile. D’un côté les défenseurs du logiciel libre et les geeks dopés à GNU/Linux ; en face, les professionnels ou les passionnés abonnés à toutes les suites Adobe… Lequel des deux logiciels choisir ? Lequel est le meilleur ? Et puis, finalement, pourquoi ce déchaînement des passions ?

Depuis la version 2.10, Gimp intègre un nouveau moteur graphique, le Generic Graphics Library (GEGL). Pour en arriver là, il a fallut 6 ans de développement. Et 6 ans, dans le monde du logiciel, c’est très long. Parmi les nouveautés de cette mouture nous flirtons avec le multi-threading et le support 32 bits est enfin intégré. Nous trouvons également une gestion des couleurs gérée en interne (dommage que le CMJN et Gimp ne fasse toujours pas très bon ménage).

Le support des GPU est pris en charge en OpenCL, ce qui est une bonne nouvelle pour les possesseurs de grosses cartes graphiques. Par ailleurs, le nouveau Gimp intègre aussi de nouveaux modes de calques et de masques, des nouveaux outils de transformation et l’amélioration des outils de sélection. Pour ceux qui sont intéressés par toutes les nouveautés, je vous invite à lire la page officielle de Gimp.

Pour Photoshop, la donne est très différente. Depuis le passage au système Creative Cloud, Adobe sort des nouvelles versions à un rythme assez soutenu. Parler de ces nouveautés, c’est comme s’émerveiller en découvrant tous les recoins de la caverne d’Alibaba. La dernière version, au moment où j’écris ces lignes, apporte quelques items bien intéressants. La possibilité de travailler sur des documents stockés en ligne, une amélioration apportée aux paramètres prédéfinis, un nouvel outil de sélection dédié aux objets, la conversion d’un objet dynamique en calques simplifiée, et j’en passe.

Pour choisir entre les deux logiciels, la manche semble jouée d’avance pour Photoshop. Et il est vrai que dans un workflow professionnel, Adobe arrive largement en tête. Mais pour une utilisation de loisirs ou pour un photographe expert qui souhaite tirer parti de ses clichés en les retouchant, Gimp peut facilement proposer une palette d’outils très complète et suffisante. Nous allons donc nous mettre dans la peau de ce photographe et découvrir laquelle des deux solutions est la mieux adaptée à ses besoins. Voyons ça de plus près.

Alors, Gimp ou Photoshop ?

Les deux affirment des personnalités bien distinctes tant dans leur philosophie que dans l’approche de la retouche. Mais ces dernières années, du côté de Gimp, j’ai noté une réelle volonté de séduire les utilisateurs de Photoshop. Cela se traduit par une interface relookée, l’adoption de la fenêtre unique à la “Photoshop”, d’un habillage sombre et des packs d’icônes qui commencent à ressembler de plus en plus à ceux d’Adobe. Et il était temps de donner un petit coup de lifting de ce côté-là.

Jeux d'icones du Gimp 2.10. Copyright image : gimp.org

Nouveau jeux d’icônes de base de Gimp 2.10. Copyright image : gimp.org

L’interface

L’interface de Gimp est très agréable et hautement personnalisable. On peut disposer à sa guise les principaux outils, définir leur ordre et positionner les fenêtres ancrables selon ses besoins. Cette modularité est bien connue des utilisateurs de différents logiciels conçus pour GNU/Linux, où la liberté est le maître-mot. Mais au-delà de l’aspect cosmétique, c’est un réel gain en efficacité question Workflow.

Interface de Gimp

L’interface du logiciel de traitement d’images Gimp 2.10.14

Bien sur, Photoshop propose également des options de personnalisation avancées. Chaque élément est customisable et on arrive à se fabriquer un environnement adapté exactement à nos besoins. Il faut noter que c’est un poil moins intuitif que sur Gimp. Une différence plus marquée se situe néanmoins au niveau de l’habillage.

En effet, il vous est possible de télécharger sur internet des thèmes graphiques pour habiller Gimp et, en deux clics de souris, vous voici aux commandes d’un logiciel custom qui ne ressemble pas à celui de votre voisin. Toutefois, ce seul point, ne mérite pas de faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre, donc les deux arrivent ex aequo.

Capture d'écran de l'interface de Photoshop 20.0.1

L’interface du logiciel de traitement d’images Photoshop 20.0.1

Gimp : 1 vs Photoshop : 1

Les menus

Les menus sont organisés différemment d’un logiciel à l’autre. Les outils communs aux deux programmes sont rangés à des endroits différents, ce qui peut prêter à confusion lors du passage d’une plateforme à l’autre. Bien sûr, les raccourcis clavier sont une solution imparable pour garder ses habitudes. On peut citer pour exemple le menu “Image/Réglages” de Photoshop et le menu “Couleurs”, qui regroupent tous deux à peu près le même genre d’outils.

Personnellement, je trouve quand même l’organisation des menus sur Gimp plus logique et mieux foutue. Mais c’est une question de goût tout à fait subjectif aussi, dans un souci d’objectivité, je me dois d’attribuer aux deux challengers la même note. Pour l’instant, le match Gimp vs Photoshop est au même niveau.

Gimp : 1 vs Photoshop : 1

Menus contextuels

Toujours sur Gimp, en effectuant un clic droit n’importe où sur votre image ou interface, vous faites apparaître un menu contextuel qui vous propose l’accès immédiat à tous les menus. Photoshop propose une autre approche. Le menu contextuel est en rapport avec l’outil sélectionné, vous permettant d’accéder à ses options. Les deux solutions se valent, tout dépend de vos habitudes de travail. Par ailleurs, la fenêtre d’options est bien souvent ouverte par défaut sur le côté de l’interface, donc…

Gimp : 1 vs Photoshop : 1

Les outils

Nous voici au cœur des deux systèmes. Ayant suivi l’évolution des outils de Photoshop depuis sa version 2, j’ai assisté à une véritable révolution dans le monde du traitement d’image. Sur Gimp, je n’ai pas ce même recul, je m’y suis mis que plus tardivement. Mais, ça m’a permis de faire une découverte assez marquante : il était quand même sacrément bien foutu ce petit logiciel et surtout, ses outils étaient conçus de manière très intelligente.

Réglages

Sur Gimp, les barres/glissières de valeurs que vous pouvez ajuster à l’aide de la souris, sont divisées horizontalement en deux parties. En manipulant le haut de chaque barre, vous changez les unités avant la virgule, donc vous opérez un réglage plus grossier et rapide. En passant sur la partie inférieure de chaque barre, ce sont les plus petites unités disponibles après la virgule qui sont ajustées, pour un réglage tout en finesse.

Vous pouvez bien entendu rentrer manuellement la valeur souhaitée à droite de chaque barre ou encore l’augmenter ou la diminuer en agissant sur les petites flèches haut et bas. Chaque réglage peut être sauvegardé et rappelé quand vous le souhaitez. C’est bien pensé, un bon point pour Gimp.

Réglages en valeurs décimales

Réglages fins en unités

Gimp : 1 vs Photoshop : 0

L’aperçu

Une autre fonction que je trouve particulièrement bien pensée et qui aide beaucoup, est l’aperçu de Gimp, la case “diviser la vue”. Sur Photoshop, dans la plupart des outils, l’aperçu affecte toute l’image traitée. Parfois il est difficile de se rendre compte des changements subtils et on est obligé de faire jouer du “Undo” / “Redo” pour comparer.

Gimp propose une alternative simplement magique, séparant l’écran verticalement en deux. D’un côté vous avez l’image d’origine et de l’autre de la séparation, l’image avec l’effet appliqué. Bougez cette délimitation avec la souris d’un côté et de l’autre, et vous pourrez observer finement tous les changements sur la surface entière de l’image. Rien que cette fonctionnalité mériterait à mon sens de faire pencher la balance pour Gimp.

Gimp : 1 vs Photoshop : 0

Transformations

Le système des transformations est assez similaire dans les deux logiciels. Je déplore toutefois l’absence sur Gimp de la déformation, telle qu’elle est présente sur Photoshop, avec sa grille et ses poignées à la façon vectorielle. Je trouve cet outil fabuleux et très utile dans la composition de mes Matte Paintings. Sur Gimp, il y a bien une déformation par cages, mais à l’usage elle s’avère bien moins performante et je peine à lui trouver une réelle utilité. En tous les cas, pour l’usage que j’en fait. Mais c’est subjectif et ne mérite pas la perte d’un point pour Gimp, qui a fait un très gros effort avec cette version pour s’améliorer dans ce créneau.

Gimp : 1 vs Photoshop : 1

Tracés

Voici une fonction essentielle dans la retouche experte. Le comportement vectoriel du tracé permet de générer des sélections précises aux arrondis parfaits. Gimp dispose de cet outil, qui reste néanmoins rudimentaire. Le tracé peut être transformé en sélection et ça, c’est l’essentiel pour les photographes. Sur Photoshop, les tracés sont beaucoup plus perfectionnés et disposent de nombreuses options. Mais à l’usage, l’outil de Gimp est largement suffisant pour couvrir la plupart des besoins. Souvenons-nous, nous analysons les deux logiciels d’un point de vue d’un usage non professionnel.

Gimp : 1 vs Photoshop : 1

Sélection

La sélection est sans doute l’outil le plus utilisé des retoucheurs et c’est bien lui qui doit répondre avec le plus de précision à nos sollicitations. Tous les outils de sélection ne sont pas égaux entre les deux plateformes. Je viens de comparer l’outil lasso et la baguette magique sur la même image, sur les deux logiciels ouverts côte à côte. Le lasso est plus précis et plus fluide sur Photoshop. Il gère un peu mieux les arrondis, là où Gimp se contente parfois de malheureuses lignes droites ou de rendus plus angulaires, en escalier. Il faudra compenser en utilisant plutôt les tracés.

La baguette magique fait son job de manière à peu près équivalente. Rien à dire de ce côté là. Un point supplémentaire pour Photoshop pour la sélection d’objet, inexistante sur Gimp. Les rectangles et ellipses de sélection sont équivalentes, donc rien à dire de ce côté. Cependant, d’un point de vue global, je trouve l’utilisation des outils de sélection moins intuitive sur Gimp que sur Photoshop. Le manque de précision du lasso est, selon moi, suffisamment pénalisant pour attribuer l’avantage à Adobe.

Par ailleurs, ce que je trouve agaçant sur Gimp, c’est d’être obligé de passer par un raccourci clavier ou un menu pour désélectionner une zone, là où sur Photoshop, il suffit de cliquer à côté de la sélection.

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Calques et masques

Les calques sont de bons amis du retoucheur. Pour les fonctions de base les deux logiciels sont suffisamment bien pourvus. La nouvelle version de Gimp voit même arriver des marqueurs colorés qui contribuent à une meilleure organisation des calques. En ce qui concerne les fenêtres d’options imbriquées dans les panneaux latéraux, les deux logiciels sont semblables, tout tombe bien sous la main et il n’y a pas besoin de trop aller chercher dans les menus.

De la même façon, les modes de fusion sont assez similaires pour les deux, mais j’ai noté un rendu plus “rentre-dedans” sur Gimp, avec moins de finesse dans certains modes. Les masques de fusion sont semblables dans les deux solutions, je n’ai pas de remarques particulières à formuler à leur sujet.

Là où le bât blesse, c’est l’absence de calques de réglage sur Gimp. C’est un outil très utile dans le traitement d’images et son absence est pour moi pénalisante. La retouche non-destructive étant prévue dans les futures versions, il y a de fortes chances qu’une prochaine mouture de Gimp nous fasse la bonne surprise.

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Outils de dessin

Les outils de dessin ou de peinture, à savoir crayons, pinceaux, aérographe, gomme, dégradés, clonage etc… sont bien pourvus des deux côtés. J’aime bien les outils de Gimp, leur organisation dans le menu dédié, et leur utilisation. La plupart sont très en phase avec les demandes des artistes numériques et s’avèrent bien pensés et pratiques. Les outils de clonage vont plus loin sur Photoshop et ça peut être appréciable dans bien des cas, mais je ne trouve pas que ça puisse faire pencher trop la balance dans une utilisation non professionnelle.

Gimp : 1 vs Photoshop : 1

Filtres

Les filtres sont un peu la première vitrine technique des logiciels de retouche et de peinture numérique. Les deux logiciels font un match assez serré, leur offre étant variée et de bonne facture. Pour ma part, j’utilise principalement le flou gaussien, la réduction de bruit ou le rajout de bruit et parfois l’accentuation.

Cela dit, sur Photoshop, j’use et j’abuse en permanence du filtre fluidité, et je suis ravis de constater qu’il a été implémenté dans les nouvelles versions de Gimp sous le nom de “Transformation/Gauchir”. Pour le moment son utilisation est pour moi moins fluide que sur Photoshop, mais je dois manquer de pratique…

Gimp : 1 vs Photoshop : 1

Brosses

Si le portage des brosses entre les deux logiciels fonctionne à merveille, la gestion mémoire de ces mêmes brosses m’a beaucoup déçue. Possédant une grande collection de formes payantes d’un certain volume, une fois copiées sur Gimp, c’est la surprise. Il les détecte, mais pour charger, il prend son temps. A tel point que j’ai été obligé de les désinstaller. C’était injouable. Je n’ai pas eu l’occasion de tester sur une autre installation de Gimp, peut-être que sur Windows l’optimisation mémoire fonctionne mieux ? En tous les cas, c’est probablement la chose que je regrette le plus sur Gimp.

A côté, Photoshop ronronne sans broncher, digérant plusieurs gigas de brosses installées… Pas photo ! Messieurs les développeurs, please, un petit effort !!!

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Optimisations

Utilisant de manière régulière les deux logiciels, Gimp sur Linux et Photoshop sur Windows, j’ai noté quelques soucis d’optimisation de Gimp. Les rendus peinent parfois, il y a des ralentissements sur les calculs… J’ai un PC puissant à la maison et pourtant, même si Gimp se lance plus vite qu’il me faut pour cligner les yeux, sur certaines opérations il se montre décevant. Si j’additionne à cela le souci du chargement des brosses au démarrage, je me dis que les développeurs ont encore un peu de pain sur la planche côté optimisations.

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Coût, formation & OS compatibles

Bien sûr, le moyen le plus simple de faire perdre un point à Photoshop est de parler de son coût. Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Aujourd’hui, avec la formule abonnement, pour à peine plus d’une dizaine d’Euros par mois vous avez Photoshop et Lightroom et le cloud d’Adobe. Oui, mais à terme, ça fait un véritable budget. C’est un fait.

Tout dépend de votre utilisation. Avez-vous vraiment besoin de la 3D intégrée ? Avez-vous besoin vraiment de tous les outils hyper-spécialisés qui caractérisent Photoshop ? Pas si sûr. Gimp lui, est gratuit et le restera. Il est codé avec amour par des passionnés, à l’écoute des utilisateurs.

En ce qui concerne la formation, eh bien, dans les deux cas, Internet regorge de tutoriels et quelques séances devant Youtube vous donneront des pistes très valables.

Pour terminer, comment ne pas tirer le chapeau bas aux développeurs qui ont eu cette idée de génie de doter les Linuxiens d’un véritable poids-lourd de la retouche. Messieurs, un grand merci pour ça ! Et en plus, il fonctionne sur MAC et sur Windows aussi… Peut-on en dire autant de Photoshop ? Pour quand une version Linux ?

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En conclusion

Alors, quel résultat nous donne ce match ? Gimp totalise 10 points et Photoshop 11. Un point d’écart sur un comparatif très subjectif d’un utilisateur issu du monde de Photoshop… C’est pas trop mal pour Gimp, vous ne pensez pas ?

Je me demande quel aurait été le verdict d’un testeur découvrant les deux produits en même temps ? Dans le cadre de mes mécanismes devenus quasi Pavloviens, machinalement, à chaque fois je comparais Gimp à Photoshop.

Or chacun des deux logiciels à sa propre philosophie qu’il faut aborder sous une perspective qui lui est propre. Et pourtant, malgré ces habitudes solidement enracinées, Gimp me séduit de plus en plus. Il a un sérieux potentiel et fait montre d’une intelligence remarquable.

Maintenant, l’un comme l’autre des deux logiciels ne serait rien sans nous autres photographes. Je vous propose donc un petit tuto ludique et facile pour parfaire vos talents de photographe en réussissant à coup sur toutes vos photos. C’est par ici : Comment réussir les photos.

Télécharger Gimp | S’abonner à Photoshop

Zulaan

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