Laowa 9mm f/2.8 Zero-D / C-Dreamer

l’objectif ultra grand angle ultime pour capteurs APS-C de chez

Venus Optics

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 Depuis que j’ai changé de matériel, passant du plein format à l’APS-C, la question du grand angle est rapidement revenue sur le tapis. Il me fallait une optique de qualité, couvrant un champ suffisamment large pour être à l’aise dans les photos d’intérieurs ; discipline n’offrant que peu de recul et de l’attitude pour des cadrages confortables.

 

Après quelques semaines de recherches, de lectures et de visionnages, le Laowa 9mm f/2.8 a commencé à se positionner de plus en plus souvent en tête de ma liste de courses.

Profitant d’un pris intéressant sur le site de Digixo, j’ai sauté sur l’occasion et, déboursant 559 €, quelques jours plus tard, je déballais le précieux paquet.

Le Laowa 9mm f/2.8 est livré dans une petite boite sobre, assez bien conçue. Son contenu comprend un pare-soleil relativement discret mais esthétique, et deux bouchons de protection, avant et arrière. Une petite documentation et des garanties accompagnent le tout. L’objectif, est fourni avec un petit sac en plastique de transport. Ce dernier est plutôt anecdotique, puisqu’en déballant mon nouveau jouet, il n’a pas tenu le choc et s’est déchiré. Et pourtant, je suis allé quand même avec délicatesse…

 

Première surprise : la taille de l’objectif !

Le Laowa 9mm f/2.8 est minuscule. Il est difficile de se faire une idée précise en visionnant des images ou des vidéos, mais une fois le grand angle au creux de la main, ça surprend. Et dire que je considérais jusque là mon 35mm f/1.4 comme vraiment petit, à côté du Laowa 9mm, il se pare d’un certain embonpoint.

Son poids affiche 215 g au compteur et une taille réduite de 6 x 5,3 cm.

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Laowa 9mm un objectif poids plume

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La seconde chose qui interpelle, c’est la qualité de la construction et du design.

Il est tout en métal, avec des sérigraphies précises, très propres et lisibles ; une esthétique particulièrement soignée et agréable, soulignée par un liseré bleu du plus bel effet. L’objet est beau et donne clairement l’impression de robustesse, malgré sa taille compacte.

La prise en main et la manipulation sont excellentes, même pour quelqu’un doté d’aussi grandes mains que moi. La bague de l’ouverture est légèrement crantée, ce qui produit de discrets clics lorsque l’on passe d’une valeur à une autre.

La seconde bague, de mise au point, tourne de manière très homogène et douce, permettant un réglage précis. La course des deux bagues est ferme mais je la trouve “onctueuse”.

Ce ultra grand angle est totalement manuel. L’optique n’embarque aucune électronique ni moteur, tout est « à l’ancienne ». Et c’est très bien comme ça. Je trouve qu’à force d’automatismes sur les boîtiers et objectifs, on perd la sensation d’être véritablement l’architecte de ses propres images.

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 Pour tirer le meilleur parti de la mise au point manuelle, les boîtiers actuels disposent d’une fonction très sympa et indispensable, le focus peaking. Je l’utilise en appliquant un surlignage jaune sur les bord nets qui apparaissent dans l’EVF. C’est simple et suffisamment efficace pour, avec un minimum de pratique, lui faire confiance. Bien sur, il ne faut pas oublier de préciser au boîtier qu’il doit déclencher « sans objectif ». Une fois ces réglages opérés, nous pouvons commencer.

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Une fois fixé sur mon Fujifilm X-Pro3, seconde surprise : l’incroyable angle de vue !

Alors certes, venant du plein format, je possédais, fut un temps, un ultra grand angle de 10mm et en prenant certaines photos, je découvrais sur l’image le bout de mes propres pieds (c’est sans doute parce que je chausse du 48 fillette)… Mais là, on n’est pas sur du 24X36 donc, au vu du coefficient de conversion, ces focales sont plutôt rares. Pour les appareils Fujifilm, pour le moment et à ma connaissance, il n’y en a que trois : le Fujinon XF 8-16 mm f/2.8 R LM WR, l’XF10-24mmF4 R OIS et le Laowa 9mm. Je ne compte pas les Fisheye qui déforment complètement l’image et qui ne sont pas destinés aux mêmes types de prises de vue. Pour les autres marques, il faut chercher du côté des 12mm.

Dans le cas du Laowa, les 9mm en APS-C, se transforment en 13,5mm plein format, avec un angle de champ de 113° ce qui, soit dit entre nous, est déjà très confortable pour la grande majorité des situations.

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Le Laowa 9mm : un ultra grand angle avec du caractère

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Troisième surprise : pas de déformations !

Le grand angle affiche fièrement son « Zero-D » dans le nom (pour Zéro Déformations), et c’est pleinement justifié. Les lignes sont parallèles, les angles droits et réellement sans distorsions. Pas de perte de temps en post-prod pour les corrections et redressements et, par corollaire, pas de perte de piqué sur le pourtour de l’image.

De mémoire, même mon ancien Canon EF 16-35mm f /2.8 L II USM, pourtant considéré par bon nombre de Canonistes comme le nec plus ultra dans les optiques grand angle de la marque, était nettement moins performant sur ce terrain. Je me souviens qu’il fallait passer à 24mm pour perdre l’effet de barillet sur l’image. Là, c’est parfaitement rectiligne, pas de distorsion, que nenni, zéro ! En effet, c’était bel et bien marqué dans le nom : « Zero-D »…

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.Caractéristiques

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Spécifiquement conçu pour les capteurs APS-C, le Laowa 9mm s’adresse qu’aux boîtiers hybrides Fujifilm, Canon, Sony, Olympus, aux drones DJI Inspire 2 et à la superbe BMPCC 4k.

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Il est possible d’utiliser des porte-filtres et des filtres circulaires, la lentille frontale n’étant que légèrement bombée, sa morphologie prévoit l’espace nécessaire pour ne pas l’abîmer avec un filtre vissé. En parlant de filtres, le diamètre est de 49mm.

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L’amplitude de l’ouverture va de f/2.8 à f/22 et les 15 éléments optiques sont répartis en 10 groupes, dont 2 lentilles asphériques et 3 verres Extra-low Dispersion. La lentille frontale est traitée contre les ruissellements.

 

Le diaphragme est composé de 7 lamelles. A f/2.8 ça donne un léger bokeh. Couplez ça à une distance de mise au point minimale de 12 cm et vous pourrez facilement opérer une séparation des plans esthétique entre votre sujet et l’arrière plan qui sera flouté.

A noter que le flou généré par ce grand angle est particulièrement agréable pour ce genre de focale. Ça mérite d’être souligné et ça donne une corde de plus à votre arc de créatif.

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L’objectif n’est pas tropicalisé. Dommage, ça aurait pu lui procurer un avantage dans certains types de prises de vue. Moi qui aime les ambiances orageuses, j’hésiterais à le sortir en cas de mauvais temps.

 

Schéma optique du Laowa 9mm f/2.8

construction optique Laowa 9mm f/2.8

Copyright image : Laowa

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Le piqué

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Dès l’ouverture f/2.8 on a une belle surprise : le centre est bien détaillé, les coins étant un peu plus en retrait.

Dès que vous fermez un peu, le piqué est au rendez-vous sur toute l’image. Cela dit, ce genre de focale grand angle est rarement utilisée à f/2.8, sauf peut-être pour l’astrophotographie, dans des conditions lumineuses difficiles ou lors d’élans de créativité.

A f/11, je trouve que l’image est la mieux définie et la plus homogène. Le résultat est très bon. Allez, n’ayons pas peur des mots, il est excellent !

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Le vignetage

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Le vignetage ne se fait ressentir vraiment qu’aux plus grandes ouvertures. Mais même à f/2.8, selon mes propres critères, il reste acceptable.

Voici une série de photos sur lesquelles vous allez apprécier la quantité de vignetage. Sur la colonne de gauche ce sont des images ouvertes à f/2.8, sur celle de droite à f/11. Les deux dernières sont prises avec un filtre polarisant. Ces photos n’ont bien sûr aucune prétention artistique, elle sont brutes de capteur et ne sont là qu’à titre d’exemple. Il est intéressant de noter que le rendu chromatique change sensiblement en passant de f/2.8 à f/11. C’est surtout visible sur la seconde série, où on voit bien le ciel.

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Comme vous pouvez le constater, si vous comptez utiliser un CPL, privilégiez en un de bonne facture. En effet, avec un polarisant bas ou moyen de gamme, le vignetage s’amplifie de manière conséquente. Il faut cependant pondérer, ça reste passable, surtout lorsque vous fermez comme moi à f/11.

Ci-dessous deux photos avec un polarisant Laowa. L’image de gauche est ouverte à f/2.8, celle de droite à f/11. La différence devient véritablement gênante lorsqu’on est confronté à des zones denses et ombragées, comme le feuillage des arbres.

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Pour de la photo personnelle en noir et blanc, j’ai tendance à ajouter du vignetage artificiel en retouche, par conséquent, ce n’est pas forcément toujours une contrainte. C’est différent en utilisation pro, où il faudra avoir recours à une correction en post-prod.

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Les aberrations chromatiques

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Sur quelques rares images j’ai constaté l’apparition d’aberrations chromatiques. Ci-dessous l’exemple de franges colorées sur une image ouverte à f/11. La zone concernée se situe en haut à gauche. La seconde photo est un zoom sur cette zone. Cependant, le phénomène est relativement rare et s’accentu lors de l’uilisation d’un filtre oplarisant.

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Les flares

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Je trouve que l’optique tire assez bien son épingle du jeu. Bien sûr, lorsque vous allez l’orienter vers des sources lumineuses, vous allez avoir droit à des flares, mais ils disparaissent assez vite, suivant l’angle avec lequel vous attaquez la source de lumière. L’architecture optique a été assez bien pensée pour permettre au Laowa 9mm de ne pas avoir à pâlir devant la concurrence.

Comme vous pouvez le voir sur les deux photos prises à contre-jour, il y a un flare coloré qui se balade dans le coin inférieur droit de la première image. A noter également, dans la couronne de l’arbre de gauche, des tâches résiduelles vertes et oranges laissées par ce dernier. Sur l’image de droite vous pouvez constater des halos circulaires sur le côté droit, mais ils se dissipent assez vite en bougeant légèrement l’objectif. Il s’agit de photos brutes de capteur prises à f/22.

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Le rendu

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Franchement, il n’y a pas à dire, je trouve qu’il a du caractère, mais il faut l’apprivoiser. La séparation des détails est bonne, et le rendu général tient bien la route face à des produits plus chers, de grandes marques. Pour avoir travaillé pendant des années avec des optiques série L de Canon, je suis plutôt impressionné par ses performances (encore une fois, ce constat est tempéré en considérant l’équation qualité/prix).

Au niveau du rendu des couleurs, l’ai l’impression que l’objectif tire très légèrement vers le bleu. De même, comme je l’ai déjà mentionné, en fermant le diaphragme, il y a un subtil changement de tonalité, surtout visible, justement, dans les tons bleus où une légère et subtile dominante rouge vient remplacer les nuances vertes.

Un petit bémol à souligner : lorsqu’une scène est compliquée à photographier, je songe notamment à la présence de zones fortement contrastées, on peut constater que certaines ombres ont tendance à se boucher un peu trop facilement. Cela est particulièrement vrai à f/2.8, lorsque le vignetage vient s’ajouter dans les coins, assombrissant des parties de l’image déjà affectées. Ce phénomène est amplifié, bien sûr, par le champ extrême couvert par le très grand angle de cette focale. De ce que j’ai pu constater, il se produit, un peu plus souvent qu’avec mes autres optiques.

Sur la photo ci-dessous on peut constater ce phénomène dans le coin inférieur gauche. Image prise à f/2.8.

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 Mon astuce pour les cas compliqués : photographier la même scène à des expositions différentes et l’assembler ensuite dans votre logiciel de retouche avec des calques et des masques. Bien sûr, je ne parle pas ici d’HDR.

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Utilisation

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Comme je l’ai précisé au début de cet article, pour mon usage personnel, je destine le Laowa 9mm principalement à la photo d’intérieurs, un peu d’architecture et, dans le cadre de mes loisirs, à de la photo créative de paysages.

Et justement, parlons des paysages.

L’angle, un peu extrême de cet objectif, désavantage paradoxalement cette optique par rapport à des focales plus standard, comme le 16 ou le 24mm. En effet, il ne faut pas oublier que la perspective est toujours très affectée par une telle amplitude et votre arrière-plan va subir une déformation assez conséquente.

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Mais comment ça ? On a dit Zéro Déformations !

Oui, bien sur, mais il ne s’agit pas du tout de la même chose. Quand vous utilisez un téléobjectif (par exemple un 70-200), à 200mm vous observez une compression des plans et vous avez l’impression que l’arrière-plan a été rapproché de votre sujet principal. A l’inverse, sur une optique grand angle, et plus spécifiquement sur un objectif ultra grand angle comme évidemment le Laowa 9mm, c’est l’effet contraire qui se produit. l’arrière-plan est rejeté très loin en arrière et devient tout petit. Imaginez le résultat avec une belle et majestueuse montagne qui se transforme, pour le coup, en petite colline insignifiante, perdue quelque part au point de convergence des lignes des fuite de votre image.

Je ne peux qu’insister sur le fait que, si votre intention est d’avoir une optique passe-partout pour faire du paysage classique, le très grand angle de cet objectif peut vous desservir. Cependant, si vous recherchez une focale extrême pour des angles de vue impressionnants et sortant de l’ordinaire, alors bingo, c’est le bon choix, foncez les yeux fermés.

De la même manière, je déconseille cette optique pour la photo de mariage ou de reportage. Même si vous pensez qu’un tel grand angle vous permettrait d’être toujours paré à faire face à n’importe quelle taille de groupe, la chose n’est pas aussi évidente que ça.

Pour remplir votre champ, vous allez devoir littéralement coller vos sujets, et je vous laisse songer à la gêne que ça va occasionner pour chaque prise de vue. C’est ingérable, j’ai essayé. De plus, imaginez une photo de groupe, sur laquelle toutes les personnes sur les côtés deviennent plus larges que hautes…

C’est ça aussi la magie de la photo au super grand angle.

Ayant tenté de l’utiliser récemment en reportage, je prenais une scène de rue et, l’œil vissé à l’œilleton, je n’avais de cesse de me rapprocher du groupe de personnes au premier plan pour équilibrer ma composition. A tel point que, lorsque j’ai été satisfait, je me suis rendu compte que j’étais littéralement au milieu du groupe. J’ai tout de suite changé pour un objectif 35mm et j’ai continué avec.

Par contre, si vous bossez pour le secteur immobilier, ou si vous voulez vous faire des délires créatifs alors, le Laowa deviendra votre pièce maîtresse. Il est taillé pour ça.

En ce qui concerne les prises de vue d’intérieur et d’architecture, il faut cependant prévoir obligatoirement un trépied et, de préférence, un qui puisse être allongé suffisamment haut.

Pourquoi ?

Tout simplement à cause des déformations !

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Mais comment ça ? On a dit Zéro Déformations !

Oui, bien sur, mais il ne s’agit pas du tout de la même chose. (Tiens, j’ai une impression de déjà-lu). Les photos d’intérieur et d’architecture répondent en général à des critères qui jouent sur la géométrie. On peut difficilement, sauf cas particuliers, mettre en valeur un espace en permettant aux lignes de fuite de prendre des directions fantaisistes. On doit restituer le plus fidèlement ce que voit l’œil humain.

De fait, il faut être parfaitement positionné, de manière à être parallèle et bien perpendiculaire au sol. Si votre objectif est incliné un peu trop vers le bas, les lignes de fuite de la perspective s’échappent vers le haut et l’image se déforme en s’évasant. Vous l’orientez un peu vers le haut et c’est l’effet contraire qui se produit. A main levée, la gymnastique peut s’avérer contraignante. De plus, en intérieur, suivant la qualité de la lumière, le risque du flou de bouger vous guette. Le trépied est, selon moi, l’accessoire le plus indispensable pour ces usages.

Pour garder les perspectives bien droites, l’exercice se complique encore davantage face à des édifices en extérieur. Et là, pas de miracles, trois solutions avec le Laowa 9mm : Un point de vue situé à la bonne hauteur, une perche, ou… Photoshop (mais là, ça ne sera que du bricolage). La quatrième étant le drone, mais il faut le permis, les autorisations de la préfecture, de la Ville, etc.

Pas de secrets : pour une utilisation sérieuse en architecture, il faudra passer par des optiques à décentrement. Notre petit objectif est plus taillé pour de l’intérieur. Là, il démontre tout son fantastique potentiel.

Dans un autre créneaux, je pense que le Laowa 9mm f/2.8 est parfaitement adapté à l’astrophotographie. Plusieurs points forts concourent à cela. En premier, son très grand angle permet d’embrasser une vaste portion du ciel, vous permettant de faire des clichés véritablement spectaculaires. Ensuite, la grande ouverture à f/2.8 vous autorisera à capter un maximum de lumière, réduisant d’autant votre temps de pose et, de fait, atténuera les traînés induites par le mouvement apparent des étoiles. Quant au piqué très correct, il permettra de faire ressortir un maximum de détails sur votre ciel.

Que demander de plus ?

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En conclusion

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Selon moi, la plage d’utilisation du Laowa 9mm le destine à des usages de niche. Cependant, considérant le potentiel extrêmement créatif de cet objectif ultra grand angle, on peut facilement transformer les contraintes en atouts et sortir un peu du lot en proposant des points de vue différents des autres photographes. En APS-C, c’est vraiment une focale ultime.

Je pense qu’il ne faut pas hésiter à expérimenter avec ce Laowa 9mm f/2.8, et c’est là l’une de ses forces, il vous surprendra à plus d’un titre.

Quant à moi, je ne peut que dire bravo à la firme chinoise Venus Optics, qui a réussi brillamment ce pari technologique ! Du coup, pour vous faire une confidence, je lorgne sur leur nouveau 65mm f/2.8 2x Ultra Macro APO, mais ça, c’est une autre histoire…

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